Helen
Levitt a 94 ans. Elle vit toujours à New York, sa
ville de prédilection, celle qui l’a vu
naître et qui a constitué la scène fondamentale de
son oeuvre. Depuis ses débuts, dans les années
1930, et pendant plus de 50 ans, elle a
inlassablement observé les habitants de ces
quartiers, souvent modestes : Brooklyn, Harlem,
Lower East Side ; les enfants surtout, leurs
graffitis sur les murs et sur les trottoirs, le
peuple des rues - l’énergie, la poésie et la
beauté émanant de leur quotidien. Les photographies
d’Helen Levitt magnifient l’imaginaire
des enfants ; elles montrent aussi la richesse de
la société américaine, l’effervescence du
melting-pot en train de se former dans les rues de
New York.
Photographe de l’humain et de l’intime,
Helen Levitt n’a jamais été photojournaliste,
à la différence de ses contemporains engagés dans
les années 1930 dans la FSA tels que Ben Shahn ou
Walker Evans - qui disait que le travail
d’Helen Levitt pourrait être qualifié
«d’antijournalisme». Helen Levitt a observé
sa société comme artiste-photographe,
documentariste sociale malgré elle. Avec James
Agee, qui avait également travaillé avec Walker
Evans (Let us Now Praise Famous Men, 1941), elle
réalisa en 1945 son premier ouvrage, publié en 1965
: A Way of Seeing.
Inspirée par le surréalisme, le cinéma de Jean
Cocteau, les photographies d’Atget, de Ben
Shahn ou de Weegee - Helen Levitt avait par
ailleurs rencontré Walker Evans et Cartier-Bresson
au début des années 1930. Ces deux amitiés ont eu
une influence indiscutable sur sa détermination à
devenir photographe elle-même, puis sur sa façon de
vivre sa passion. Comme Cartier-Bresson, elle
adopta le Leica, et elle partit pour la seule et
unique fois de sa vie en voyage, au Mexique en
1943. Elle servit d’ « alibi » à Walker Evans
quand il réalisait sa fameuse série sur le métro
new yorkais. Accompagné, il passait plus inaperçu.
Helen Levitt réalisera à son tour une série dans
les années 1960.
L’exposition de la Fondation HCB rassemble
une centaine de photographies, noir et blanc et
couleur, emblématiques ou inédites, réalisées entre
les années 1930 et 1980, pour la plupart à New
York, mais aussi de rares images de son voyage au
Mexique - mises en parallèle avec celles que
Cartier-Bresson y avait réalisées quelques années
auparavant. Réputée pour son travail noir et blanc,
Helen Levitt avait par ailleurs reçu en 1959 une
bourse Guggenheim pour étudier les techniques de la
photographie couleur (la bourse fut renouvelée en
1960). Son travail couleur, moins connu, compte
néanmoins des images devenues célèbres, comme cette
petite fille mystérieusement accroupie dans un
caniveau devant une voiture d’un vert presque
fluorescent. L’ensemble de ses premières
prises de vues en couleur fut volé au début des
années 1970. Mais Helen Levitt reprit son travail,
et en 1974 le MoMA organisa une projection continue
de 40 de ses photographies couleur : une manière
innovatrice de présenter son oeuvre, et une
nouvelle consécration.
Helen
Levitt à la Fondation Henri Cartier Bresson
Jusqu'au 23 décembre 2007